Être un homme dans le métier de praticien massage bien-être : féminisme, préjugés et éthique.
- antonbrocard
- 7 mai
- 6 min de lecture
Une réalité souvent plus complexe qu’on ne l’imagine
Pour avoir travaillé de nombreuses années à la fois comme salarié, indépendant et également comme spa manager, je pense pouvoir dire qu’être un homme dans le secteur du massage bien-être n’est pas toujours quelque chose de simple.
C’est un métier magnifique, profondément humain, mais qui soulève énormément de questions autour du genre, du rapport au corps, de la confiance, de la sécurité et du regard que la société porte sur les hommes dans les métiers du soin et du toucher.
Lorsque j’ai commencé ma formation, il y a une dizaine d’années, nous étions seulement quatre hommes dans ma promo pour une trentaine de femmes. À cette époque, le secteur était encore très largement féminin, que ce soit dans les CAP esthétique, les écoles de massage bien-être ou les formations holistiques.
Aujourd’hui, les choses évoluent progressivement, mais la tendance reste encore très marquée.
Durant mes études, puis dans ma vie professionnelle, j’ai presque toujours travaillé entouré de collègues femmes, dans des équipes féminines et auprès d’une clientèle majoritairement féminine.
Très rapidement, cela m’a amené à me poser énormément de questions sur ma posture professionnelle en tant qu’homme.
Comment suis-je perçu ?
Est-ce que je rassure ?
Est-ce que ma présence peut créer de l’inconfort ?
Comment instaurer un cadre sécurisant ?
Comment exercer ce métier avec le plus de respect, de pudeur et de discrétion possible ?
Parce qu’il faut être honnête : le massage bien-être touche à quelque chose d’extrêmement intime. On travaille avec le corps, avec le relâchement, avec la vulnérabilité, avec le lâcher-prise. Et dans une société où énormément de femmes ont été confrontées à des comportements déplacés, à du sexisme, à des agressions verbales ou physiques, il est parfaitement normal que beaucoup de femmes développent des mécanismes de protection et de vigilance vis-à-vis des hommes.
Je pense qu’il est très important de le dire clairement : les craintes féminines sont totalement légitimes. En tant qu’homme praticien, on ne peut pas ignorer cette réalité. Au contraire, on doit la comprendre.
Le rôle du praticien en massage bien-être est donc d’avoir une rigueur irréprochable concernant son comportement, ses gestes, ses paroles, sa communication et son attitude générale. La pudeur, le respect du consentement, la discrétion, le cadre professionnel et la sécurité émotionnelle de la cliente doivent être une priorité absolue.
Je pense même que lorsqu’on est un homme dans ce métier, on doit être encore plus vigilant sur ces questions. Le sujet peut globalement se diviser en deux grandes parties : la relation avec la clientèle et la relation avec les recruteurs. Concernant la clientèle, il faut déjà comprendre que les femmes représentent encore aujourd’hui la majorité des personnes qui reçoivent des massages bien-être. Et cela a forcément un impact lorsqu’on exerce en tant qu’homme.
En tant qu’indépendant, il m’est arrivé de traverser des périodes très compliquées professionnellement. En échangeant avec des collègues femmes qui exerçaient elles aussi en indépendant, je constatais souvent qu’elles recevaient beaucoup plus d’appels, beaucoup plus de réservations et remplissaient leurs agendas beaucoup plus facilement.
Pendant ce temps-là, moi, je pouvais avoir des semaines quasiment vides. Et pourtant, ce n’était pas une question de professionnalisme. J’ai toujours été extrêmement rigoureux sur la déontologie, le respect, la qualité des soins, la communication, la présentation, les tarifs ou encore la diversité des massages proposés.
Les retours clients ont toujours été excellents, les notes aussi, et les personnes qui venaient se faire masser revenaient souvent. Mais malgré cela, les appels étaient parfois rares. Avec le temps, j’ai commencé à mieux comprendre certains mécanismes.
Beaucoup de clientes m’ont partagé qu’avant le rendez-vous, elles ressentaient une appréhension à l’idée d’être massées par un homme. Puis une fois le massage terminé, elles me disaient finalement s’être senties en confiance, respectées, écoutées et parfois même réconciliées avec l’idée de recevoir un soin prodigué par un homme.
Ce retour-là, je l’ai entendu énormément de fois. Certaines clientes me parlaient même d’un paradoxe assez intéressant. Pour des soins médicaux, des consultations de médecine générale ou de gynécologie, elles pouvaient être suivies par des hommes sans trop de difficulté. Mais dès qu’il s’agissait d’un moment de détente, de douceur, de relaxation, d’un soin plus intime émotionnellement, la présence d’un homme devenait plus difficile.
Et en réalité, cela dit énormément de choses sur notre société.
Le massage bien-être vient toucher à des endroits extrêmement sensibles liés à la sécurité, au corps, à la confiance et au rapport aux hommes.
Aujourd’hui encore, beaucoup trop de femmes vivent avec une vigilance permanente intégrée dans leur quotidien. Cette vigilance influence naturellement leurs choix, leurs limites et leur rapport au toucher. Et cela se reflète forcément dans le choix du praticien ou de la praticienne.
Beaucoup de femmes se sentent spontanément plus en sécurité avec une femme, et honnêtement, on peut le comprendre.
Quand on voit encore les violences sexistes, les agressions, les comportements déplacés ou simplement le manque de considération que certaines femmes subissent au quotidien, il serait absurde de faire comme si cette réalité n’existait pas.
Je pense donc qu’en tant qu’homme praticien, il y a un vrai travail à faire autour de la confiance. Pas pour convaincre ou forcer qui que ce soit, mais simplement pour montrer qu’un homme peut aussi exercer ce métier avec douceur, éthique, respect et sécurité.
Concernant le recrutement, la situation est également assez particulière.
Pour avoir postulé dans de nombreux établissements, mais aussi pour avoir travaillé ensuite comme spa manager, j’ai pu voir les deux côtés du miroir. Officiellement, un établissement ne peut évidemment pas refuser un candidat parce qu’il est un homme. La loi considère cela comme une discrimination de genre. En théorie, un recrutement doit se faire sur des critères de compétences, d’expérience, de savoir-être, de qualité relationnelle et de professionnalisme. Mais dans la réalité du terrain, les choses sont parfois beaucoup plus implicites.
Ce qui se passe souvent sans être nommé clairement, c’est qu’au moment du tri des candidatures, les CV masculins sont écartés immédiatement parce qu’ils ne correspondent pas aux attentes supposées de la clientèle. Donc non, messieurs, si vous postulez dans des spas ou des centres de bien-être et que vous ne recevez jamais de réponse, ni par mail ni par téléphone, vous n’êtes probablement pas les seuls.
C’est quelque chose de relativement courant dans ce secteur. Et je comprends aussi les contraintes des directeurs et des spa managers.
À la réception, il peut être compliqué de gérer les refus de certains clients qui ne souhaitent pas être massés par un homme. Cela concerne certaines femmes, mais aussi certains hommes.
Oui, cela m’est déjà arrivé plusieurs fois qu’un homme refuse d’être massé par moi.
Parfois même alors qu’il était accompagné de sa compagne. Derrière cela, il y a probablement des questions de pudeur, de représentation de la virilité ou encore une difficulté culturelle autour du toucher entre hommes. Et ce qui est frappant, c’est que cette exclusion concerne presque exclusivement les praticiens hommes.
Durant toute ma carrière, je n’ai pratiquement jamais vu un client refuser un massage parce que la praticienne était une femme.Toute cette réalité est complexe parce qu’elle oblige à tenir plusieurs vérités en même temps.D’un côté, je pense sincèrement que les hommes et les femmes devraient avoir les mêmes chances professionnelles dans tous les secteurs.
Un homme devrait pouvoir devenir praticien bien-être sans être automatiquement désavantagé, tout comme une femme devrait pouvoir devenir mécanicienne, dirigeante ou travailler dans un métier historiquement masculin sans subir de discrimination.
Mais en même temps, il faut rester extrêmement prudent avec ces questions. Parce qu’il ne faudrait surtout pas que l’égalité professionnelle devienne un prétexte pour ignorer le consentement, le ressenti ou le besoin de sécurité des femmes.
Le but ne doit jamais être d’imposer aux femmes d’être massées par des hommes au nom de l’égalité. Sinon, on risquerait simplement de reproduire une autre forme de domination où les besoins des femmes passent une nouvelle fois au second plan.
Je pense que le véritable enjeu est ailleurs.
Il est dans la capacité des praticiens hommes à exercer avec une éthique irréprochable, à instaurer un cadre profondément sécurisant et à participer, petit à petit, à une autre représentation du masculin dans les métiers du soin, du toucher et du bien-être. Parce qu’au fond, ce métier devrait avant tout être une question de qualité humaine.




Cela paraît complètement évident, et pourtant
Merci pour ce travail de réflexion de questionnement et ses réponses , le respect des femmes et le courage d’exercer ce métier avec tant de compassion
Bravo d’oser aller vers un vide, plein